Chronique n°3 : LE PLAN XVII

 
 
Chronique n°3 : LE PLAN XVII

Il y a 100 ans, le 15 avril 1914, le Plan XVII entre en vigueur. Il s’agit d’un document élaboré sous la responsabilité du chef d’état-major, le général Joffre. Il organise dans ses moindres détails la procédure de mobilisation et de concentration des troupes vers le front, en cas de guerre avec l’Allemagne.

Depuis 1872, l’état-major produit des plans pour l’engagement éventuel des armées. En 1914, on en est au 17ème. Tout est minutieusement programmé : les unités, les lieux, les horaires, le nombre de wagons... jusqu’au 16ème jour après la mobilisation. L’assurance qui se dégage du projet étonne aujourd’hui. L’idée d’une offensive rapide de l’ennemi qui bousculerait les prévisions, n’est même pas envisagée. Par chance, sa réalisation sera un grand succès d’ordre et de rapidité : en moins de 15 jours, plus d’un million d’hommes seront à pied d’œuvre. 

Tous les pays ont des plans de mobilisation. En revanche, les Allemands ajoutent à cela un plan d’opérations : occuper l’ennemi en Lorraine tandis qu’on attaque par la Belgique pour envelopper et écraser les forces françaises. Paris est censé tomber 39 jours après le début de la guerre. On pourra alors se retourner contre les Russes. C’est le fameux plan Schlieffen qui doit permettre à l'Allemagne de tenir sur deux fronts et qui a bien failli réussir : le 33ème jour, quand commence la bataille de la Marne, les Allemands sont à 22km de Paris.

Le Plan XVII, lui, reste vague sur la suite des opérations : poussée en direction de l’Alsace et de la Lorraine. Joffre avait bien proposé un projet de campagne par la Belgique neutre, la région d’Aix puis Cologne, mais Poincaré l’avait rejeté dès son arrivée à la présidence du Conseil en janvier 1912. Le Plan XVII préconise donc l’attaque frontale par les territoires à reconquérir, avec cette idée en vogue qu’une offensive résolue vient à bout de tous les obstacles.

Joffre ne méconnaît pas la possibilité d’une invasion de la Belgique, mais il sous-estime la puissance et la vitesse de l'armée allemande. Durant le premier mois de la guerre, les Allemands prennent et gardent l’initiative. Les Français ne font que réagir et improviser. Pour le commandement, le Plan XVII est devenu un document d’archives obsolète. Mais le même destin attend le plan Schlieffen après le retournement inespéré de la Marne.

"Nos chefs" Le Général Joffre entouré du Général de Castelnau et du Général Pau (1914). Carte postale Arch dép Lozère, coll. privée (Europeana) Cavaliers du 142ème partant en manœuvre sur la Larzac (avant 1914). Arch dép Lozère, 110 Fi (fonds Balmelle) Circulaire ministérielle sur les nouvelles dispositions affectant la mobilisation générale (3 avril 1914); Arch dép Lozère, R 5051