1926, la disparition de la sous-préfecture de Marvejols.

 
 
1926, la disparition de la sous-préfecture de Marvejols.

« Nous autres sous-préfectures, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». En paraphrasant Paul Valéry, voilà ce qu'aurait pu dire, en septembre 1926, le dernier sous-préfet de Marvejols, Jacques Lacombe.

 Il y a 90 ans, le 10 septembre 1926, un décret-loi, pris par le président du Conseil Raymond Poincaré et et le ministre de l'Intérieur Albert Sarraut rayait de la carte administrative française cent quatre sous préfectures et en créait deux autres. La Lozère n'y échappait pas, Marvejols perdant son sous-préfet et l'arrondissement étant alors rattaché à celui de Mende.

A cette époque déjà, le rôle des sous-préfectures et des sous-préfets faisait l'objet d'un discours ambivalent, à la fois rouage essentiel de la déconcentration de la République dans les départements, témoignage de la présence de l’État au plus près des citoyens et des municipalités, mais aussi institution parfois perçue comme désuète et coûteuse, à l'heure du chemin de fer et des routes nationales.

Dans la littérature, le sous-préfet n'est pas toujours présenté sous son meilleur jour. Que l'on songe par exemple à la nouvelle bien connue d'Alphonse Daudet, Le sous-préfet aux champs, qui met en scène le représentant de l’État, rédigeant laborieusement un discours pour les comices agricoles, et qui finit par chercher l'inspiration, sans guère plus de succès d'ailleurs, dans les sous-bois...

Mais ce sont les difficultés financières de l’État, au détour des années 1920, qui précipitent la disparition de bon nombre de sous-préfectures, leur maintien en si grand nombre engendrant des coûts disproportionné par rapport à leurs missions. Le développement des voies de communication et du téléphone ne nécessite plus la même densité de sous-préfectures dans les départements.

Des trois arrondissements de la Lozère en 1926, deux pouvaient faire l'objet d'une suppression : Marvejols ou Florac. Dans les échanges de courriers entre le préfet de Lozère Humbert de Lavenay et le ministère de l'Intérieur, il apparaît rapidement que l'existence de la sous-préfecture de Marvejols est plus difficile à défendre.

En effet, les singularités de l'arrondissement de Florac sont nombreuses et plaident en faveur de son maintien : il est séparé du reste du département par la chaîne du Mont Lozère, et par les causses de Mende et de Sauveterre. De même, les communes de l'arrondissement elles-mêmes n'ont de liaisons ferroviaires directes qu'avec Florac. Les relations économiques penchent elles aussi vers la cité floracoise, sans oublier non plus les profondes différences religieuses et politiques existant entre le nord et le sud du département

Au contraire, la plupart des communes de l'arrondissement de Marvejols bénéficient de liaisons directes ou relativement aisées, par route ou par voie ferrée avec la ville préfecture, et sont davantage tournées vers Mende.

Toutes ces raisons conduisent donc à la suppression de la sous-préfecture de Marvejols, et au rattachement de l'ensemble des communes à l'arrondissement de Mende.

Au nom des économies, Marvejols disparaît donc de la carte administrative française. Les protestations énergiques de la commune de Marvejols n'y feront rien.

Le dernier sous-préfet de Marvejols, Jacques Lacombe (1896-1943), nommé le 7 février 1926, rejoignit ensuite la préfecture à Mende, avant de devenir en 1928, secrétaire général de la préfecture de l'Aveyron. Amateur de peinture, passionné de photographie, on lui doit plus de 300 clichés cellulosiques représentant des localités ou des paysages lozériens qui ont été achetés par les Archives départementales en 1959, et qui sont consultables sur le site internet des Archives départementales http://archives.lozere.fr/archive/fonds/FRAD048_0000006fi/n:11 . Il est aussi l'auteur d'une plaquette intitulée De l'Aubrac aux Gorges du Tarn, qu'il a lui-même illustrée.