« Accompagner un jeune migrant, c’est agir dans la dentelle »

 
 
« Accompagner un jeune migrant, c’est agir dans la dentelle »

Isabelle Sequier, conseillère Garantie Jeunes à la Mission locale Lozère accueille et accompagne des jeunes migrants depuis 4 ans

Quel est votre rôle dans le déploiement par l’État du dispositif Garantie Jeunes en Lozère ?

Le rôle de la Mission locale est de proposer un accompagnement global des personnes. Nous allons vers l’autonomie des jeunes en touchant plusieurs domaines de la sphère personnel : le logement, le budget, la mobilité, la formation, l’emploi… Le dispositif de la Garantie Jeunes est proposé aux personnes de 16 à 25 ans qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en scolarité et qui sont en situation financière précaire. Nous nous adressons principalement à des décrocheurs scolaires et nous concevons un accompagnement soutenu sur une période d’un an. Ce dispositif donne droit à des allocations mensuelles, le RSA (497,50 euros) qui sécurise le bénéficiaire.

Quelles sont les spécificités de la Garantie Jeunes en Lozère ?

J’exerce avec deux autres de mes collègues au sein du dispositif de la Garantie Jeunes. Un poste de chargé de projet va être créé pour coordonner nos différents partenaires et répondre aux stratégies de la Mission locale. Notre coaching auprès des jeunes est renforcé et dynamique avec une mise à l’emploi de manière très régulière.Aujourd’hui, un jeune sur deux ressort de la Garantie Jeunes avec un emploi alors qu’il en est très éloigné à son arrivée. Les spécificités de la Lozère nous permettent de travailler en étroite collaboration avec plus d’une trentaine de partenaires autant associatifs qu’institutionnels. Grâce à un partenariat de proximité, nous pouvons plus vite orienter nos jeunes.

Combien de jeunes accompagnez-vous ?

Nous accompagnons 110 jeunes sur une année et selon les nouvelles demandes de l’État, nous accompagnerons 210 jeunes en 2022. Nous doublons nos effectifs, augmentons ainsi le rythme des sessions et nous nous délocalisons sur l’ensemble du territoire lozérien, à Mende, Marvejols, Saint-Chély-d’Apcher, Langogne et Florac.

C’est un accompagnement sur-mesure ?

L’État a souhaité une mise en action renforcée. L’idée est de déployer le plus largement possible la Garantie Jeunes. Il faut que chaque jeune, malgré les difficultés de mobilité en Lozère, puisse avoir accès ce dispositif. L’objectif est de réaliser l’inscription du jeune sur le territoire. Ce dispositif va s’élargir avec l’accueil des personnes en situation de handicap qui ont 30 ans. Notre quotidien, c ‘est aussi de nous adapter.

Comment la mission locale s’inscrit-elle dans l’accompagnement du parcours du migrant ?

L’action en faveur des jeunes migrants est un volet important de notre quotidien. Il s’agit d’accueillir et d’accompagner des jeunes éligibles à la Garantie Jeunes qui ne parlent pas le français. Nous accompagnons une dizaine de jeunes migrants. Notre première démarche dans l’accompagnement de ces jeunes, c’est de franchir la barrière de la langue. Cette barrière peut s’avérer très douloureuse pour ces jeunes et frustrant pour nous, les accompagnants. Nous construisons ensemble un travail individuel. Pour ceux qui ont plus de difficultés de compréhension de la langue française, nous attendons qu’ils aient suivi suffisamment d’heures de français avant de débuter le dispositif, d’abord en individuel puis en collectif.

Vous accompagnez un jeune réfugié érythréen, parlez-nous de son parcours Garantie Jeunes ?

Nahom fait partie des jeunes qui ne parlent pas très bien le français. Il arrive d’Érythrée où l’on parle anglais. Ce jeune, âgé de 20 ans, est entré directement dans la sphère collective de la Garantie Jeunes. Durant trois semaines à Marvejols, Nahom a participé à des ateliers très concrets avec une dizaine de jeunes dont certains sont également de l’immigration, réfugiés d’Afrique centrale, d’Afghanistan, des pays de l’Est. Nous avons parlé « franglais ». L’apprentissage est d’abord visuel, la communication souvent en mode non-verbale, le partage d’expérience en anglais… L’objectif était de pouvoir inscrire ce jeune dans la sociabilisation et dans l’échange avec d’autres jeunes.

« Noam, réfugié érythréen a à cœur de s’inscrire dans notre société et notre système de formation »

Dans ce groupe, Nahom s’est ouvert sur cet atelier collectif de trois semaines. Il a pu prendre ce qu’il avait à prendre et se nourrir des autres. Sa présence a également permis d’enrichir le groupe qui a été un formidable miroir de la société. Il a déjà suivi à un atelier 3 D au 1/3 lieu solidaire. Dernièrement, il a participé à un atelier mécanique et son projet est de devenir mécanicien. Il participera à un atelier cuisine, un atelier plomberie et découvrira l’univers de l’agropastoralisme. La prochaine étape pour lui, c’est de poursuivre régulièrement son apprentissage de la langue française avec le Greta et le CIDFF48 pour pouvoir réaliser un stage dans une entreprise. Nous construisons peu à peu son parcours en le plaçant dans un contexte très concret. Dans son cas, la motivation est « +++ » Il a, à cœur, de s’inscrire dans notre société et notre système de formation.

Quel est le dispositif d’accueil mis en place ?

Nous avons proposé un atelier sur ce qu’est une entreprise en France, une vision très différente de ce qu’il a connu. Nous sommes souvent confrontés à une autre culture avec ces jeunes migrants, et à plusieurs niveaux. L’une des difficultés que l’on peut rencontrer dans l’intégration des jeunes migrants, c’est la notion d’isolement. Certains migrants ont une communauté déjà bien installée en Lozère. Pour eux, nous leur demandons d’aller vers, de ne pas rester entre soi.

L’accueil est souvent enrichissant ?

Pour nous, c’est une richesse. C’est le choc des cultures. C’est comprendre la différence, la difficulté que l’on peut avoir quand on n’est pas dans son pays. Les jeunes s’inscrivent dans un parcours de découverte des métiers. L’intérêt, c’est qu’ils rencontrent d’autres jeunes, qu’ils échangent, qu’ils se débrouillent en franglais. Ici, ils parlent dans leur langue, sans contrainte.

Les piliers de l’intégration caractéristiques de la Lozère ?

L’apprentissage du français, le logement, la formation et l’emploi.

L’intégration des migrants par l’emploi, c’est un des enjeux sociétaux de demain ?

Les jeunes migrants qui sont actuellement en emploi sont d’excellents profils pour les entreprises. Ce ne sont pas des pages blanches. Ils arrivent avec tout un parcours parfois douloureux et formateur. Ce sont des jeunes qui ont énormément de volonté. L’insertion professionnelle passe également par l’apprentissage de la langue. Dans le domaine de l’emploi, il est nécessaire de valoriser les compétences professionnelles des migrants, de leur permettre de maîtriser le monde du travail et de développer leurs capacités pour construire un projet professionnel.

Mission locale Lozère

14 boulevard Henri Bourillon 48 000 Mende.

Tel : 04 66 65 15 59 – 07 68 47 62 38

+ d’infos sur la Garantie Jeunes :

https://www.service-public.fr

https://travail-emploi.gouv.fr